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Matamore tire sa révérence !

9112010

Voici une courte pièce de Commedia Dellarte qui inclue le personnage du Capitaine. Ceci a été écrit dans le cadre de mon cours [Laboratoire de jeu: Interprétation].

Le Capitaine (ou Matamore) est un personnage caricatural qui représente les soldats confiants et vantards, mais pourtant peureux et terrifiés sur le champ de bataille.

LA RÉVÉRENCE DE MATAMORE

Matamore tire sa révérence ! dans Écriture Matamore-c5e51

Bozo : faussement impressionné

BOZO : On m’a dit un secret: les armes se sont abaissées! Et nous avons vaincus! Le sang a coulé en notre faveur. Les épées se sont entrechoquées. Les fourreaux se sont emplis du fluide ennemi et les taches rougeâtres apparaissent sur les armures de nos soldats. Les héros sont de retour au pays. Que vois-je, voilà le capitaine qui arrive, fidèle gagnant de la guerre!

Matamore entre.

MATAMORE : Me voilà, fier arrivant victorieux, briseur de montagnes pour la réussite d’une bataille mémorable. J’ai bravé le démon, j’ai arraché les parcelles de vies aux ennemis dont le sang épais ne méritait que de couler. Je suis là, entaché de bagarres, souillé par la bravoure. Ô combien courageux je suis!

BOZO : Assurément mon capitaine. Racontez-moi vos périples. Combien étaient-ils?

MATAMORE : Plus d’une centaine, je ne puis les compter.

BOZO : Et vos hommes, si peu nombreux soient-ils, furent victorieux?

MATAMORE : En somme oui, mais je fus seul.

BOZO : Comment se fait-il?

MATAMORE : J’arrivai, accompagné de braves gens, dont les épées avaient été affilés pour trancher des gorges. Ils vinrent avec moi, d’une énergie qui ne se comparait guère au clan adverse. Nous voulions gagner, cela fut une certitude. Hélas, lorsque les soldats, dont nos lames voulaient transpercer le cœur, arrivèrent, mes hommes tremblèrent d’effroi et déguerpirent à la hâte. J’étais seul, fièrement droit devant l’adversité!

BOZO : Oh quel malheur s’abattait sur vous? Quel diable vous eût autant puni?

MATAMORE : Ceux d’un homme trahi!

BOZO : Lamentations! Je me prosterne à vos pieds! Quel homme redoutable vous êtes!

MATAMORE : Par tes larmes, tu récompenses mes exploits. Je te remercie compagnon.

BOZO : Développez mon maître, je veux en savoir plus!

MATAMORE : Parmi tous ces morts, il y eut une femme.

BOZO : Une femme?

MATAMORE : Oui, une femme, qui n’était pas un homme! Qui avait le sexe profond et la poitrine ferme. Qui tournoyait comme une femme pouvait tournoyer, qui marchait comme une femme pouvait marcher, qui gémissait d’horreur comme une femme pouvait gémir.

BOZO : Que vous voulait-elle?

MATAMORE : Baiser. Ma main! Mais je fus terrifié et la laissé pour compte, une lame dans le cœur!

BOZO : Quel horreur, mais pourquoi donc une telle cruauté?

MATAMORE : Elle était Allemande.

BOZO : Hi Hitler! Je comprends.

MATAMORE : Maintenant l’ami, je vois que l’admiration hante votre esprit. J’espère que vous irez racontez mes exploits au premier venu!

BOZO : Assurément capitaine. Quel ton voulez-vous que j’exploite?

MATAMORE : Variez-le! Cela fera du changement.

BOZO : Disons… Agressif? Qui ne croient pas aux sauvages exploits? Amical? De son bras, ne voyez-vous pas un fidèle roi? Descriptif? Des montagnes à bas! Incroyables fracas! Que dis-je, admirables fracas! Curieux? N’est-ce pas un menteur que voilà?

MATAMORE : Diantre, que dites-vous là?

BOZO : Des questions, mon capitaine, des questions!

MATAMORE : Quels atrocités sortent de votre bouche? Vous doutez donc de ma parole?

BOZO : Je n’en doute pas, puisque je suis certain qu’elle est fausse!

MATAMORE : Quelle mascarade jouez-vous? N’étiez-vous pas admiratif il y a de cela à peine quelques instants.

BOZO : Je jouais la comédie.

MATAMORE : Je meurs sous vos paroles grotesques!

BOZO : Et bien mourrez! Qu’il en advienne des prophètes de bonne aventure!

MATAMORE : Ma mort n’aura de sens que si vos explications sont claires quant à ce que vous proférer. Dites-moi, diable ambulant, quels sont les motifs de tels jugements?

BOZO : La vérité, voilà le motif de mes accusations!

MATAMORE : Une vérité qui dissimule nombre d’insanités! Développez, que je meurs conscient du tort, dont je suis sous vos mots, coupable.

BOZO : La guerre dont vous vous clamez victorieux, voilà que je l’ai vue sous mes yeux. La décence, sous vos paroles héroïques et franchement fausses, m’a empêché de rire de vous lorsque la vantardise sortait de votre bouche comme un flot de bêtise.

MATAMORE : Vous connaissez les faits?

BOZO : Au même titre que vous.

MATAMORE : Comment se fait-il? Je ne vous ai vu nulle part sur le champ de bataille.

BOZO : Youtube.

MATAMORE : Ah satané technologie! N’aurais-je donc jamais la paix? Qu’avez-vous si justement vu?

BOZO : Un buisson, qui réfugiait un lâche!

MATAMORE : De quel lâche parlez-vous?

BOZO : Sot capitaine, je parle de vous!

MATAMORE : Je meurs une deuxième fois, ayez pitié de moi! Il est vrai que je ne suis en aucun point victorieux. Lorsqu’ils sont arrivés pour me trancher la tête, ces lames sanglantes m’ont emplis d’effroi et j’avoue, aussi solennellement que je le peux, que je me suis caché dans un bosquet, pour ne point que les bourreaux fassent de moi un martyr.

BOZO : Vous avouez donc vos crimes?

MATAMORE : Si l’absence de franchise en est un, je m’avoue vaincu et vous déclare en toute sincérité que je suis un criminel.

BOZO : Allez capitaine, sortez maintenant, tirez votre révérence et quittez les lieux pour ne point garder cette face odieuse qui entache à tout jamais votre réputation.

MATAMORE : Soyez un homme bon. Ne répétez à personne mes fautes et mes élans de lâcheté. Je partirais alors moins contrarié.

BOZO : Je ne possède pas les talents pour la méchanceté, ni celle de la vantardise d’ailleurs. Il est vrai que votre crime n’est pas raisonnable, mais je vous laisse une chance. Je suis un homme dont les vertus sont véridiques, dont les passions pour la véracité demeurent au cœur de mon âme. Il n’y a place à mon esprit que pour les choses réalistes de ce monde. Allez mourir ailleurs, je vous accorde cette dernière grâce.

MATAMORE : Je vous haïs, mais vous aime pour cette charité. Adieu comédien!

BOZO : Adieu!

Matamore sort. Bozo prend bien le temps de vérifier qu’il est sortit avant d’entamer son monologue.

BOZO imitant Matamore : Me voilà, fier arrivant victorieux, briseur de montagnes pour la réussite d’une bataille mémorable. J’ai bravé le démon, j’ai arraché les parcelles de vies aux ennemis dont le sang épais ne méritait que de couler. Je suis là, entaché de bagarres, souillé par la bravoure. Ô combien courageux je suis!

RIDEAU







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